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La campagne électorale va s’ouvrir. Elle doit, pour être digne du Bénin, être informative, positive; sereine et loyale. Informative, je m’attacherai à expliquer les dossiers et les difficultés que connaît le pays. Les Béninois ont le droit et le devoir de savoir. Positive parce que je proposerai des solutions avec un calendrier de mise en oeuvre. Sereine, parce que le choix d’un président de la République est un acte grave qui engage l’avenir de la nation...

Extrait de la profession de foi de Janvier François YAHOUEDEOU
 

Actualités    Presse

Salut Invité Ainsi la tâche n’est pas de contempler ce que nul n’a jamais contemplé, mais de méditer comme nul ne l’a jamais fait sur ce que tout le monde a devant les yeux. » SCHOPENHAUER
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Ainsi la tâche n'est pas de contempler..

« Ainsi la tâche n'est pas de contempler ce que nul n'a jamais contemplé, mais de méditer comme nul ne l'a jamais fait sur ce que tout le monde a devant les yeux. » SCHOPENHAUER

2005-12-22

La mission de chaque génération

« Chaque génération doit dans une relative opacité, découvrir sa mission, l'accomplir ou la trahir » Frantz FANON

2005-12-22

ET SI C'ETAIT DEMAIN?

Il est temps que les aînés donnent la parole aux jeunes pour faire leur preuve. La Génération spontanée a vu le jour sous d'autres cieux. Elle est presque irréprochable. Pourquoi donc pas au Bénin? EULOGE BODJRENOU

2006-01-23



Propositions
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L'état des lieux





NB : Le présent document est une version allégée de mon programme.



Son intégralité a fait l?objet d?une publication qui a pour titre « Etat d?Urgence » - Après la descente aux enfers d?une République, disponible dans les librairies de Cotonou à compter du 10 Février 2006.



« Ainsi la tâche n?est point de contempler ce que nul n?a jamais contemplé, mais de méditer comme nul ne l?a jamais fait sur ce que tout le monde a devant les yeux. » SCHOPENHAUER



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Etat des Lieux

11 Juillet 2005, Mathieu Kérékou, Président de la République du Bénin annonce devant un parterre d?enseignants son départ de la scène politique en avril 2006.  Alors qu?il s?attendait certainement aux lamentations de son auditoire qui devrait pleurer son départ afin de justifier son come-back, c?est un tonnerre d?applaudissements qui accueille la nouvelle. Dans les foyers et les rues, ce sont des scènes de joie qui ont accompagné la perspective de son départ, au terme de 28 ans de règne sur le petit pays de l?Afrique de l?Ouest autrefois qualifié de quartier latin de l?Afrique.

Depuis le 11 juillet 2005, le pays est en fête, à l?image des scènes de liesse qui accompagnent généralement la disparition des dictateurs. Dans tous les hameaux du pays, c'est la délivrance. Le Béninois peut enfin respirer car il tient Mathieu Kérékou pour responsable de la crise économique aiguë du pays et de la misère dans laquelle il végète après 45 ans d?indépendance. Les caisses de l'Etat sont vides. De nombreux projets de développement sont purement et simplement abandonnés. Des régions entières sont sans dispensaires et  sans écoles. La misère a atteint des sommets jamais égalés.

L?image que présente le pays est désastreuse.  Et pourtant, avec l?avènement de la démocratie par la Conférence Nationale - dont le Bénin est le pionnier en Afrique - une certaine stabilité politique et sociale règne. Le Bénin a opté pour un système démocratique présidentiel avec séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Depuis 1990, le Bénin est devenu "un havre de paix", une terre d?accueil pour les réfugiés des pays de la sous région et même au-delà. Cette stabilité constitue un atout majeur si l?on tient compte de ce que beaucoup de pays de part le monde se sont développés malgré l?ingratitude de leurs sous-sols et l?exiguïté de leur territoire, comme la Suisse et le Japon.

Au lendemain de l?historique Conférence Nationale, le Bénin avait pris la dimension d?un pays sûr démocratique, sécurisé pour les investissements et promis à un grand avenir. Hélas ! certaines faiblesses structurelles et organisationnelles, aggravées par le retour inattendu aux affaires de Mathieu Kérékou en 1996, ont empêché ce pays de jouir pleinement de cet avantage comparatif unique dans la sous région[1].

Le quatrième pouvoir que représente la presse jouit d?une liberté inégalée sur le continent. Le Bénin a d?ailleurs occupé récemment la 1ère place dans le classement par Reporters Sans Frontières, des pays africains où la presse est véritablement libre. La presse est aujourd?hui constituée d?un foisonnement de titres (quotidiens et périodiques), de radios et de télévisions privées et publics. Cette liberté d?expression est si vive que sa diversification a même donné naissance à des magazines spécialisés dans le sport, la musique, l?environnement ou les questions féminines. Pour limiter les dérapages et renforcer le professionnalisme dans la corporation, les journalistes se sont eux-mêmes dotés d?un organe d?auto régulation dénommé ODEM (Observatoire de l?Ethique et de la Déontologie dans les Médias.)

Une grande question se pose à ce stade de la réflexion : que s?est-il donc passé pour que l?ex Dahoméen devenu Béninois, soit aujourd?hui si peu assidu au travail, si peu performant et si corrompu ? Un des problèmes majeurs du Bénin depuis des années, c?est la mauvaise gouvernance au sommet de l?Etat, enracinée et encouragée par une impunité totale. Les conséquences de cet état de choses, c?est que toutes les valeurs sont à l?envers. Au Bénin aujourd?hui, l?anormal est devenu la norme. Si bien que ce sont les prévaricateurs, les corrompus qui ne sont pas inquiétés, qui sont les vedettes sur les plateaux de télévision, les ondes des radios et dans la société, tandis que les citoyens honnêtes doivent presque se cacher. Ceci implique que d?un côté, les prévaricateurs et les corrompus n?ont plus peur de rien et continuent tranquillement leur nuisance, tandis que de l?autre côté, les honnêtes citoyens démoralisés, ne croient plus en rien.

Depuis l?accession du Bénin à la souveraineté nationale et internationale, une kyrielle de programmes et concepts ont été expérimentés pour le sortir du sous développement. Les derniers en date sont : le Programme d?Ajustement Structurel, les Etudes Nationales de Perspectives à Long Terme ??Bénin 2025??, le Minimum Social Commun, le Développement Humain Durable, le Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté, le Millenium Challenge Account, la décentralisation, le Programme National de Développement Conduit par les Communautés. La mise en ?uvre de la plupart de ces programmes a nécessité une assistance technique et financière des institutions et de la communauté internationale. Des centaines de milliards de francs CFA ont ainsi été déversés sur le Bénin et ceci avec plus de regain depuis que le pays a renoncé à son option marxiste et léniniste, pour s?engager sur la voie d?une économie libérale, lors de l?avènement du renouveau démocratique.

Cependant, 15 ans après l?avènement de ce renouveau démocratique le Bénin semble s?enfoncer d?avantage dans les profondeurs du classement selon les indices de l?Indice du Développement Humain - IDH[2] - du Programme des Nations Unies pour le Développement.

En 1996, au retour de Mathieu Kérékou à la tête de l?Etat, le Bénin était classé 153ème, au regard de l?IDH . Après neuf ans de gestion mafieuse, de magouilles, de corruption et de pillage systématique, son gouvernement a brillamment réussi à propulser le Bénin à la 159ème place en 2003 et la 162ème place en 2005, juste devant les pays sahéliens ou en guerre. 162ème sur les 177 Pays du monde !!! Cela signifie en clair que le Bénin est devenu l?un des pays les plus pauvres de la planète, ce même Bénin qui, au lendemain de son indépendance, compte tenu de la richesse de ses ressources humaines et de ses prometteuses potentialités sur le plan économique, suscitait de grands espoirs.  

En l'absence d?une politique clairement pensée et volontariste, l?économie béninoise subit régulièrement les contrecoups de son arrimage parasitaire à l?économie nigériane. Brouillonne et léthargique, elle est de surcroît rongée par une corruption tentaculaire et des magouilles auxquelles les pouvoirs publics n?ont jusque-là trouvé aucune parade efficace. Ce n?est donc pas une surprise que le pays se soit englué dans une crise économique aiguë depuis 2003, aidée par les subventions des pays développés à leurs agriculteurs et par la hausse non contenue du prix du baril du pétrole. Les chiffres publiés sur l?inflation et sur la croissance, bien qu?étant des moyennes, relèvent d?une véritable supercherie car la réalité est toute autre. C?est la misère qui s?est plutôt démocratisée pendant qu?une minorité de parvenus vit aux frais de la princesse, indifférente à la misère et au désespoir du peuple.

Le Bénin offre alors l?image d?un pandémonium où des réformes multisectorielles engagées depuis des lustres peinent à aboutir (finances, environnement, administration, agriculture?)         Le chômage, illustration flagrante des contre-performances de l?Economie,  ne cesse de s?étendre ; la pénurie énergétique n?a pas pu être résorbée depuis plus de trois ans ; l?école béninoise, déjà à deux vitesses, a fini par  devenir poussive, avec des taux d?admission totalement surréalistes, dans un contexte d?années académiques toujours perturbées et amputées ; L?insécurité publique prend des proportions jamais vues auparavant.

Tout ceci contribuant à aggraver la fracture sociale et à accentuer la perte de confiance des populations envers l?Etat.

Il n?est même plus question de compter sur la famille, pour constituer un frein salutaire aux élans débridés et aux déviances de tout genre des enfants, surtout des jeunes désoeuvrés. Car à la pauvreté monétaire et matérielle, s?est ajoutée une pernicieuse pauvreté morale et spirituelle rendant hypothétique et illusoire toute entreprise de développement du pays.

Au regard des atouts naturels, du positionnement géographique stratégique, de la stabilité politique tant enviée par plusieurs pays africains et même au-delà, on comprend mal que le Bénin en soit aujourd?hui à monnayer sa souveraineté, son intégrité et pour tout dire sa dignité contre quelques subsides. C?est à peine si l?on peut se consoler de la liberté d?expression et de presse retrouvée, du renouvellement à bonne date et du bon fonctionnement apparent de nos institutions. A la vérité, ceci est dû à l?hypertrophie stérile de l?activité politicienne, faute d?avoir compris que « la politique est l?expression concentrée de l?économie » ; et que l?économie ne peut fonctionner sans un environnement propice, garanti par une administration impartiale, équitable et performante.

C?est pourquoi, face à l?horizon qui s?obscurcit de jour en jour, au scepticisme et au fatalisme qui s?installent à cause de l?absence chronique de bonne gouvernance dont font preuve les dirigeants actuels, les élections de mars 2006 s?annoncent comme une aubaine, un véritable exutoire pour le peuple béninois.

Il est choquant, malheureux et triste de constater aujourd?hui un tel degré de pauvreté au Bénin, des hommes, des femmes et enfants souffrant effectivement de la faim, vivant dans des conditions indescriptibles. A titre d?exemple, l?accès à l?eau potable est un luxe réservé à une minorité, même dans les zones dites urbaines.

 

Principales sources

 

Zone rurale %

Zone urbaine

%

Branchement privé

0

11

Forage et pompe

35

0

Puits artisanal privé

48

47

Robinet dans la cour voisine

0

17

Revendeurs

0

6

Etang et mare

6

0

Rivière et marigot

3

0

Autres sources

8

19

  Source : Société Béninoise d?Electricité et Eau

 

Malgré des conditions climatiques satisfaisantes, la situation alimentaire demeure préoccupante. Les denrées coûtent de plus en plus chères. Les commerçants sont obligés de faire venir des produits vivriers des pays de la sous région, Nigeria, Togo, Ghana et même du Burkina Faso qui est pourtant un pays sahélien. A des moments donnés de l?année, les marchés béninois sont inondés de tomate importée du Burkina Faso, tout simplement parce que ce pays sahélien a réussi à maîtriser la production de contre-saison et qu?en ces moments-là, les tomates importées reviennent beaucoup moins chères que notre production locale mal planifiée.  L?économie est à la dérive ; L?agriculture, jadis performante, se trouve aujourd?hui dans les profondeurs du classement africain.

A propos des productions agro-industrielles, peut-on oublier que le Bénin fut, à un moment de son histoire, N° 1 au plan africain pour le palmier à huile et N° 2 pour le coton ?  Comment expliquer que pour ces différentes filières, le Bénin  soit aujourd?hui si mal classé sur le continent et inexistant au plan mondial ?

Pourquoi le Bénin ne développe-t-il pas lui même sa propre production agro-alimentaire afin de transformer en conserves des produits comme la tomate ou l?ananas. N?oublions pas que l?ananas béninois « pain de sucre » est reconnu pour sa saveur à travers le monde.

Comment tolérer cette extrême pauvreté, un taux de croissance faible relativement à celui des pays voisins, un tel chômage, si peu d?investissements nationaux et étrangers ? Le Revenu par tête  est de US $440 et 33%  environ de la population vit au-dessous du seuil de  pauvreté.

Comment peut-on expliquer la faiblesse de son agriculture, de son industrie manufacturière?

Comment accepter que le port de Cotonou ne soit plus aussi compétitif à cause de l?insécurité, du manque d?espace, des  lenteurs administratives, de tarifs trop élevés, et du mauvais état des infrastructures routières ?

Comment comprendre cette particulière vulnérabilité de l?économie nationale face aux chocs externes (prix international du coton, du pétrole, restrictions commerciales imposées par le Nigeria) ?

Et pourtant le Bénin est un pays côtier, situé de façon idéale au point de rayonnement du Golfe de Guinée vers la sous-région continentale, situé de façon idéale à côté du pays le plus peuplé du continent, doté d?un climat équilibré propice à un fort développement agricole.

Que s?est-il donc passé pour que tant d?atouts n?aient pas été exploités de façon judicieuse et n?aient pas permis  de faire de ce pays une ?Suisse? dans la sous-région, ayant à sa porte un marché potentiel de 150 millions de consommateurs ?

La Gouvernance

La mauvaise gouvernance au Bénin devrait être un cas d?école. La démission de l'Etat se remarque dans tous les secteurs d'activité. L'administration est devenue un vaste champ de corruption et de passe-droit. Les affinités partisanes et familiales ont remplacé tout autre critère de sélection des cadres. 

Un ancien directeur général d?une société d?Etat ayant fui le pays parce que recherché dans le cadre d?une affaire de détournement de plusieurs centaines de millions de francs CFA à l?ère de la révolution et porté disparu à l?époque, fut récemment nommé ministre sans autre forme de procès ; C?est en d?autres termes le témoignage du ??grand respect?? que le président Mathieu Kérékou accorde à son peuple ! Les entreprises publiques sont gérées en dépit du bon sens et les directeurs généraux semblent se recruter sur la base du nombre des scandales financiers dont ils sont responsables. Les directeurs techniques et autres experts sont systématiquement remplacés par les larbins capables de se plier aux exigences de la mafia au pouvoir. Les professionnels à différents niveaux sont au ??garage??, sans attributions et sans  bureaux. Certains se sont transformés en enseignants à l?Université.  Volez, pillez, emportez tout ! Ne laissez nulle place où le vol ne passe et repasse ! Tel aurait dit La Fontaine s?il était au Bénin de Mathieu Kérékou.

Le pillage de l?économie nationale semble avoir été un mot d?ordre. Résultat, les caisses de l?Etat sont vides.  Et pourtant Mathieu Kérékou avait fait croire à son peuple que la bonne gouvernance serait le socle de sa gestion à la tête du pays. Une ??bonne gouvernance?? qui a permis à une mafia d?Etat d?ériger la corruption et la prévarication en système de gestion. Sur les 500 milliards en moyenne du budget national (600 milliards en 2005), 30% disparaissent dans les mailles de la corruption et de la prévarication. La petite histoire raconte qu?après le décès d?un ancien ministre de Mathieu Kérékou en 2005, plusieurs cantines contenant des milliards de francs CFA ont été retrouvées dans l?une de ses propriétés. Mais ce trésor est sans valeur, car la Banque centrale, entre temps, avait retiré de la circulation tous les billets de la gamme 1992. 

La mauvaise gouvernance et la corruption enracinées et, consolidées par l?impunité triomphante, font  que  les  corrompus et prévaricateurs se prennent  pour des notables,  alors  que  les honnêtes  citoyens font profil bas. Les deux inconvénients majeurs d?une telle anomalie, c?est que d?une part, les corrompus et prévaricateurs ne sont nullement inquiétés et continuent leur sale besogne ; D?autre part, les honnêtes citoyens démoralisés sont tentés, pour la plupart, de se mettre eux aussi à faire des malversations. Malheureusement, les conséquences de la corruption sont diverses et particulièrement néfastes pour la croissance et la réduction de la pauvreté. Dans le fonctionnement d?une économie de marché, les prix reflètent un point d?équilibre entre l?offre et la demande en fonction duquel les consommateurs, les producteurs, les commerçants, et les investisseurs ajustent leur comportement. Dès lors que la corruption interfère dans cette relation, cet équilibre est faussé et les acteurs économiques prennent des décisions qui ne correspondent pas à la réalité économique. Par exemple, si des entreprises versent des pots de vins, sont rançonnées volontairement,  sous la contrainte, ou en participant au financement occulte d?un parti politique, il est clair que ce surcoût est directement répercuté dans les prix que pratiquent ces entreprises. C?est donc en fin de compte le consommateur final qui paie malgré lui, un prix fort et injustifié.

Lorsque la corruption affecte les marchés publics, elle fausse le processus d?appel d?offres dont l?objectif est de choisir la meilleure proposition en termes notamment, de rapport qualité/prix. Si le processus de sélection est biaisé par un pot-de-vin, l?Etat n?est plus en mesure d?offrir au citoyen la meilleure offre. C?est ainsi que l?on se retrouve avec des infrastructures (bâtiments, routes, écoles, dispensaires?), inexistants, mal réalisées avec des matériaux de seconde qualité et des normes techniques non respectées, du matériel défectueux ou inadapté, ou encore des services non performants. Ce sont en fait les citoyens et notamment les populations démunies qui sont pénalisées car ils ne reçoivent pas de l?Etat les services de qualité qu?ils sont en droit d?attendre.  Et si la corruption intervient au moment de la collecte des recettes publiques, que ce soit au niveau de la fiscalité intérieure ou de porte, cela se traduit immédiatement par une diminution des ressources de l?Etat et donc par une diminution de sa capacité à contribuer au développement du pays : ce sont des hôpitaux, des écoles et des points d?eau qui ne seront pas construits, des postes de médecins et d?enseignants qui ne seront pas créés ou des infrastructures économiques de base qui ne seront pas érigées ou améliorées.

Les victimes de la corruption sont donc les consommateurs qui paient un prix fort et injustifié, les citoyens et particulièrement les populations pauvres qui n?ont pas les services sociaux qu?ils sont en droit d?attendre et les honnêtes contribuables qui paient un surcroît d?impôts et taxes pour compenser les pertes de recettes occasionnées par la corruption des fonctionnaires.

Le pays n?a plus d?attrait pour les investisseurs étrangers, l'environnement ne garantissant aucune sécurité des transactions. Les  opérateurs économiques se plaignent du rançonnement érigé en système de gouvernance. Les dessous de table sont réclamés avant l'obtention du moindre document administratif. Les marchés publics font  l'objet de chantage des proches de l?appareil d?Etat. A titre d?exemple, pour un projet de construction de 1800 logements pour le personnel militaire, une première tranche de 1200 logements a été approuvée par le gouvernement béninois. Le conseil des ministres a autorisé la signature de la convention de financement avec une entreprise privée chinoise depuis avril 2003.  A ce jour, le promoteur continue d?espérer. Il n?a malheureusement pas encore compris le rythme de la musique locale.

La corruption, ce lourd héritage néfaste que Mathieu Kérékou, a patiemment, lentement mais sûrement bâti pour la jeunesse, décourage les investisseurs potentiels et en conséquence, affecte les bases productives et la croissance. Des centaines de scandales ont agrémenté la gouvernance ces dernières années (Affaires Béta, Hamani, SONACOP, SONAPRA, Titan, etc.). Les différentes commissions mises en place pour faire la lumière sur ces affaires ont déposé leurs rapports qui n?ont jamais été exploités à bon escient, contribuant à encourager l?impunité dans ce pays. Et les détournements vont bon train. A cela il faut ajouter les atermoiements du régime face aux problèmes majeurs du pays : la question éducative avec les interminables grèves des enseignants à cause de leurs sempiternelles revendications insatisfaites, la gestion du port autonome de Cotonou avec des directeurs qui se succèdent à contre temps sans que ce poumon de l?économie nationale ne retrouve son rôle essentiel et ne profite de la situation de crise en Côte d?Ivoire contrairement à son homologue togolais, la récession économique doublée d?une inflation tentaculaire dont l?un des symptômes est la hausse vertigineuse des prix des hydrocarbures qui ont connu une inflation de près de 100% en un an sans que la moindre mesure d?accompagnement ne soit esquissée. Le gouvernement s?est muré dans un lourd silence caractéristique de sa démission habituelle.  A toute cette liste, qui est loin d?être exhaustive de l?incurie et de la prévarication dans la gestion des affaires publiques, s?ajoutent les dénonciations à visage découvert de forfaits de ministres et de cadres qui, toute honte bue et sans trouver la moindre réplique décente aux accusations publiques de corruption dont ils sont l?objet, continuent de siéger impunément à leurs postes. Cette situation a fini par décrédibiliser totalement ce régime dont l?autorité laissait déjà à désirer, tant elle a atteint les sommets de la déchéance morale.

Quant à la commission de la moralisation de la vie publique (CMVP) installée depuis près de dix ans et pour laquelle un immeuble de près d?un milliard de francs a été gaspillé pour l?érection de son siège, la seule note consolatrice que l?on peut lui accorder, c?est la publication de recueils de textes de lois et règlements dans divers domaines administratifs. Cela  contribue largement à informer les usagers des procédures et même des coûts des prestations requises de l?administration publique, contribuant ainsi à réduire la corruption dont bon nombre de citoyens étaient victimes, par ignorance des textes et lois en vigueur. Cette commission a laissé un goût plutôt amer pour toutes les ressources gaspillées. 

Le Port Autonome de Cotonou. À la différence du port de Lomé, le Port Autonome de Cotonou a peu profité du détournement du trafic ivoirien depuis les troubles en Côte d?Ivoire de septembre 2002. Sa réputation de port cher, difficile d?accès, aux délais trop longs aussi bien pour les déchargements que pour les opérations de dédouanement, sa désorganisation administrative et son insécurité, ont gravement nui à sa compétitivité à un moment où se présentaient les opportunités de capter une partie du fret ne passant plus par Abidjan. La libéralisation de la manutention portuaire décidée en 1999 pour une période de cinq ans devrait être renouvelée avec les trois opérateurs concernés : le groupe Bolloré, au travers de sa filiale Smtc, qui détient 40 % du marché de la manutention des containers, le groupe Maersk (32 % des containers) et l?opérateur public la Société béninoise de manutention portuaire (Sobemap). La manutention du vrac demeure le monopole de la Sobemap. Les autorités souhaitent valoriser le potentiel du port en renforçant ses infrastructures - 500 mètres de quais supplémentaires seraient réalisables en restaurant sa fiabilité et sa réputation. Mais la mauvaise gouvernance une fois encore a eu raison des bonnes intentions. En représailles à la légèreté avec laquelle le gouvernement béninois a traité le dossier de la haute criminalité transfrontalière dite ??Affaire Hamani??, la  fermeture brutale de la frontière nigériane avec le Bénin en 2003 a eu des répercussions, à la fois sur les importations transitant par le Port Autonome de Cotonou et sur les recettes douanières. Visant dans une première étape les véhicules d?occasion et progressivement étendues à une quarantaine de produits industriels et artisanaux locaux, ces restrictions portent surtout sur les produits faisant l?objet de réexportation, soit entre 70 et 80 % des importations béninoises.

La SONACOP[3]. Le 21 novembre 2005, les comptes bancaires de la SONACOP sont bloqués. La société est en faillite. La réalité est que depuis plus de six mois les stations services sont en rupture permanente de stock. Le pétrole et ses dérivés, produits stratégiques pour le fonctionnement d?un Etat n?existent plus.  Le pétrole lampant, produit de première nécessité pour les plus démunis n?est plus disponible bien que son prix officiel ait été relevé de 175 F à 500 FCFA le litre (voire 1.500 F avec l?inflation).  Dans les villes, seul l?essence frelatée de la contrebande « kpayo » orne les trottoirs pour permettre aux automobilistes de se rendre au travail.  Avec l?importation massive des voitures d?occasion transformée en filière et les conséquences que cette essence frelatée a sur la pollution. Cotonou est devenue l?une des villes les plus polluées du monde.

La SONACOP brille aujourd?hui avec une dilapidation de 42 milliards FCFA, sans compter 8 milliards volatilisés de ses comptes vers une destination allemande, sous le prétexte du financement d?un projet d?installation de fûts de stockage de carburant. Mais depuis 1999,  date du décaissement, pas l?ombre d?un fût n?a été installé.

Comment en est-elle arrivée là ? La SONACOP, société d?Etat vieille de 25 ans, au 30 juin 1999, c?est à dire à la veille de sa cession à El Hadj Séfou Fagbohoun  disposait de 37 milliards FCFA de liquidités avec une belle santé financière (Lire « Crépuscule d?un dictateur »). Son chiffre d?affaires   hors taxes  du 1er semestre 1999 s?élevait à 34,5.Milliards FCFA, son fonds de roulement à 22 milliards avec un  résultat d?exploitation du 1er semestre 1999 à 7 milliards. Malgré tous ces indicateurs qui témoignent de la bonne santé de l?entreprise, elle a été bradée par Mathieu Kérékou à  zéro franc ! Même pas à un franc symbolique.  La gymnastique interbancaire de ce scandale a permis à Séfou Fagbohoun de racheter la SONACOP à 9,750 milliards bien entendu après l?avoir auparavant soulagé de 16,6 milliards.  (Lire les détails de ce hold-up légendaire dans «Les vraies couleurs du caméléon »).

Les cris de détresse et l?indignation de la population n?y ont rien changé. Séfou Fagbohoun a hérité de la SONACOP avec ses 37 milliards pour la transformer en 6 ans en une loque économique au grand dam du peuple béninois.

La déliquescence de la SONACOP aurait même  réduit ses hauts dirigeants à « voler » les produits que stockent dans leurs cuves d?autres compagnies comme Texaco et  Total, pour  plus de 4 milliards FCFA. Certains clients togolais et maliens  attendent depuis près d?un an la livraison d?une commande déjà payée. 3,5 milliards de tickets-valeurs prépayés par l?Etat sont partis en fumée car la SONACOP n?est plus en mesure de satisfaire les bénéficiaires. 

La SONAPRA[4]. Cette société qui faisait un bénéfice avant impôts de près de 40 milliards en 1995 est aujourd?hui en faillite.  Depuis 1999 c?est plutôt les caisses du Trésor Public que l?Etat utilise pour subventionner la SONAPRA à coups de dizaines de milliards, afin que le pillage, que dis-je, le festin puisse perdurer. Cette société est aujourd?hui endettée de plusieurs dizaines de milliards volatilisés dans les poches de la mafia au pouvoir. La SONAPRA, principale société d?Etat dédiée à la promotion agricole se meurt. Elle est endettée de plusieurs dizaines de milliards de francs CFA et est en phase de liquidation. Depuis l?an 2000 l?Etat s?est engagé dans le processus du bradage de ses 10 usines.  A titre d?illustration dudit bradage, au Burkina Faso, 2 usines d?une puissante capacité d?égrenage de 62.500 tonnes ont été cédées à 16 milliards. En Côte d?Ivoire, 6 usines d?une capacité d?égrenage de 220.000 tonnes ont été cédées à 53 milliards. Mais au Bénin, les 10 usines d?une capacité de 312.500 tonnes sont en attente d?être cédées à 33 milliards, alors qu?elles ne pèsent pas moins de 100 milliards ! 

Suite aux résultats de l?appel d?offres pour le rachat de ces usines, l?opinion publique a vivement réagi contre les prix dérisoires proposés et les nombreuses irrégularités qui ont émaillé le processus de privatisation. Mieux, les fameux futurs acquéreurs qui se bousculent en réalité pour racheter la SONAPRA avec l?argent de la SONAPRA ne sont rien d?autres, pour la plupart, que ses bourreaux, ses débiteurs qui n?ont été nullement inquiétés depuis dix ans pour payer leurs dettes. Le cas le plus emblématique des bourreaux en question est celui de Martin Rodriguez dont on ne parle plus, l?amnésie collective ayant fait son ?uvre, à cause du flot torrentueux des scandales qui s?enchaînent dans le pays au quotidien.  Martin Rodriguez   doit 14 milliards à la SONAPRA. Et visiblement, n?est pas pressé de payer ses dettes. Et depuis 10 ans, Mathieu Kérékou non plus n?est pas très pressé pour lui faire entendre raison.  Pendant ce temps, cette perle de l?économie béninoise qu?est la SONAPRA n?existe plus que de nom.

Ces quelques cas évoqués ne sont que l?archétype du système Kérékou. Les sociétés d?Etat naguère prospères sont aujourd?hui toutes en faillite. Cette situation rappelle le sort des sociétés d?Etat, qui sont passées de 12 en 1972 à 120 en 1982, avant de disparaître toutes en laissant un endettement de 325 milliards à l?Etat.

Dans la perspective du probable départ de Mathieu Kérékou en 2006, la gouvernance doit radicalement  changer. Il faudra redéfinir les priorités de l?Etat. Réorienter et redimensionner les projets. Revoir les procédures afin de les simplifier et de les rendre plus efficaces. Réinventer nos méthodes de travail puis appliquer avec rigueur, discernement et dans une approche participative, les mesures appropriées pour résoudre les problèmes des populations par le rétablissement des équilibres macro économiques.

       

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Publié le: 2006-01-28 (586 )

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